Bel endroit que la forêt de Carnelle. En ce moment pluie de châtaignes et jolie lumière. Je ne manque pas d’y passer au moins une fois à cette époque où le vent balaie et mélange les couleurs.

Bel endroit que la forêt de Carnelle. En ce moment pluie de châtaignes et jolie lumière. Je ne manque pas d’y passer au moins une fois à cette époque où le vent balaie et mélange les couleurs.

Voilà bien 20 ans qu’en bon Francilien je ne m’étais pas abaissé à gravir la vieille dame. La journée était belle, j’y ai pris du plaisir et la faune internationale grouillante, pressée d’engranger du souvenir à la queue leuleu m’a fait sourire. Le point de vue est vraiment unique, je crois que je n’attendrai pas 20 ans de plus pour y remonter.

Aujourd’hui était le rendez-vous trimestriel chez le Neurologue, grand messe dont j’ai déjà parlé, qui commence à 5h00 le matin pour Lydie qui doit se préparer pour être fin prête à 9h30. Dans la voiture où elle a réussi à finalement rentrer (et sortir), elle a blagué sur ses essais de conduites infructueux d’il y a quelques dizaines d’années, soldés par quelques fous rires et un échec. Lydie est guillerette pour une fois depuis bien longtemps, c’est déjà ça, je suis soulagé.
L’attente fût presque courte dans les couloirs de l’hôpital, moins d’une heure et son médecin nous a reçu. La très longue liste de médicaments fût de nouveau énumérée avec une discussion sur les effets qu’ils produisaient en bien ou en mal afin de jouer sur leur ordre et leur quantité pour atténuer qui un vertige, qui une douleur, une raideur musculaire ou bien un tremblement. Bien qu’elle déteste les prendre, je la comprends, Lydie ne discute même plus.
Aujourd’hui elle a évoqué la possibilité d’aller se reposer dans “une maison”, tout est trop lourd malgré les aides quotidiennes. Je ne veux surtout pas la brusquer ou donner l’impression de lui forcer la main, je lui ai dit de me prévenir quand serait venu “son” moment.
Alors que le médecin partait dicter l’ordonnance, Lydie qui a un avis bien tranché sur l’Art, observant un énorme triptyque floral de facture incertaine accroché au mur me dit “moi aussi, j’en ai un tableau, Il est dans le garage et ce sont des tulipes”. Nous sommes rentrés voir cette œuvre, je l’ai laissé le cœur léger.

Valbonne haut, août 2009. La fraîcheur matinale envahit la chambre, au loin les brumes dissimulent encore les monts couverts de chênes et de châtaigniers que j’aime tant.

Valbonne, août 2009. Les vieilles rûches empilées telle une barre HLM improbable en ce lieu, font face aux canards à l’ombre du figuier. Cette année, peu de miel, peu de rûches en activité. Va t’il falloir s’y faire ?

J’avais prévu de passer un bon petit moment chez Lydie puis au bout d’une demi heure j’étais dehors avec l’envie de lui dire que le monde ne tournait pas autour d’elle, qu’elle était méchante quand elle me disait du mal de l’aide ménagère pas assez efficace, qui ne comprenait pas assez le français, qui était trop enrobée pour ce travail, que le jardinier aurait peut-être fini de tondre le jardin à Noël à l’allure où il travaillait, que je passais pas assez souvent, que je l’oubliais…
Je sais que les médicaments pour sa maladie créent un stress, succitent la parano et que l’isolement dont elle souffre n’arrange pas les choses. Je sais que c’est frustrant de toujours demander à l’autre de faire ce que l’on ne peut plus faire. Je sais que les êtres disparus dansent autour d’elle et qu’elle voudrait bien aller danser aussi. Je sais tout cela. Je pars en colère, pas après elle, après moi.

Un petit clin d’œil à Ashraf Kessaissia, photographe dont j’ai découvert le blog récemment et que je ne me lasse pas de visiter. “Éloge de la sieste” étant le nom d’une des séries qu’il alimente souvent. Pas beaucoup d’images dernièrement, je vais me ressaisir… ou pas.

Portrait d’un ami en mai 2008. Peintre, saxophoniste et une belle gueule… ça énerve ! Et hop, vers son site : Anthony Lebedel.


Tuyaux et radiateur rencontrés aujourd’hui. La beauté du défraîchi, la matière qui évolue, l’empreinte du temps, les superpositions d’époques.


Aujourd’hui l’été vient de passer et moi je suis passé chez Lydie, un mois entier que je ne l’ai vue. L’aide-soignante vient de partir, la toilette est faite, les cheveux ne se battent plus et l’odeur de l’eau de Cologne plane encore dans la pièce. Elle m’attend pour ramasser toute la paperasse accumulée ces derniers jours, les factures, les chèques à remplir, trier les merveilleux séjours promis et les occasions à saisir si tentantes. Tandis que je vais ramasser les quetsches tombées à terre, le repas est livré, il est dix heures trente, il faudra réchauffer. “Elle est gentille mais elle passe comme une hirondelle…” me dit Lydie qui aimerait que tout le monde s’arrête un temps, un petit moment. Elle me dit que les choses disparaissent, que “quelqu’un” les déplace, elle ne comprend pas comment cette facture a bien pu se retrouver cachée dans ce magazine. Un café et je dois alors partir, le kiné me remplacera avant la fin de la matinée. Les roses trémières sont au mieux de leur forme, le jardinier passera bientôt. Tout le monde passe et Lydie se sent seule…

C’est vous qui le dites