Archive pour la catégorie 'Lydie'

Lydie, l’Art et les tulipes

Aujourd’hui était le rendez-vous trimestriel chez le Neurologue, grand messe dont j’ai déjà parlé, qui commence à 5h00 le matin pour Lydie qui doit se préparer pour être fin prête à 9h30. Dans la voiture où elle a réussi à finalement rentrer (et sortir), elle a blagué sur ses essais de conduites infructueux d’il y a quelques dizaines d’années, soldés par quelques fous rires et un échec. Lydie est guillerette pour une fois depuis bien longtemps, c’est déjà ça, je suis soulagé.
L’attente fût presque courte dans les couloirs de l’hôpital, moins d’une heure et son médecin nous a reçu. La très longue liste de médicaments fût de nouveau énumérée avec une discussion sur les effets qu’ils produisaient en bien ou en mal afin de jouer sur leur ordre et leur quantité pour atténuer qui un vertige, qui une douleur, une raideur musculaire ou bien un tremblement. Bien qu’elle déteste les prendre, je la comprends, Lydie ne discute même plus.
Aujourd’hui elle a évoqué la possibilité d’aller se reposer dans “une maison”, tout est trop lourd malgré les aides quotidiennes. Je ne veux surtout pas la brusquer ou donner l’impression de lui forcer la main, je lui ai dit de me prévenir quand serait venu “son” moment.
Alors que le médecin partait dicter l’ordonnance, Lydie qui a un avis bien tranché sur l’Art, observant un énorme triptyque floral de facture incertaine accroché au mur me dit “moi aussi, j’en ai un tableau, Il est dans le garage et ce sont des tulipes”. Nous sommes rentrés voir cette œuvre, je l’ai laissé le cœur léger.

lydie-ramoneur

Petit vent de colère, Parkinson, je te hais.

J’avais prévu de passer un bon petit moment chez Lydie puis au bout d’une demi heure j’étais dehors avec l’envie de lui dire que le monde ne tournait pas autour d’elle, qu’elle était méchante quand elle me disait du mal de l’aide ménagère pas assez efficace, qui ne comprenait pas assez le français, qui était trop enrobée pour ce travail, que le jardinier aurait peut-être fini de tondre le jardin à Noël à l’allure où il travaillait, que je passais pas assez souvent, que je l’oubliais…
Je sais que les médicaments pour sa maladie créent un stress, succitent la parano et que l’isolement dont elle souffre n’arrange pas les choses. Je sais que c’est frustrant de toujours demander à l’autre de faire ce que l’on ne peut plus faire. Je sais que les êtres disparus dansent autour d’elle et qu’elle voudrait bien aller danser aussi. Je sais tout cela. Je pars en colère, pas après elle, après moi.

lydie-photos

Dix heures trente chez Lydie

Aujourd’hui l’été vient de passer et moi je suis passé chez Lydie, un mois entier que je ne l’ai vue. L’aide-soignante vient de partir, la toilette est faite, les cheveux ne se battent plus et l’odeur de l’eau de Cologne plane encore dans la pièce. Elle m’attend pour ramasser toute la paperasse accumulée ces derniers jours, les factures, les chèques à remplir, trier les merveilleux séjours promis et les occasions à saisir si tentantes. Tandis que je vais ramasser les quetsches tombées à terre, le repas est livré, il est dix heures trente, il faudra réchauffer. “Elle est gentille mais elle passe comme une hirondelle…” me dit Lydie qui aimerait que tout le monde s’arrête un temps, un petit moment. Elle me dit que les choses disparaissent, que “quelqu’un” les déplace, elle ne comprend pas comment cette facture a bien pu se retrouver cachée dans ce magazine. Un café et je dois alors partir, le kiné me remplacera avant la fin de la matinée. Les roses trémières sont au mieux de leur forme, le jardinier passera bientôt. Tout le monde passe et Lydie se sent seule…

lydie-reveil

Balade vers les étoiles avec Lydie

lydie-cafe

Aujourd’hui, avec Lydie, nous sommes allés voir le docteur. Celui des nerfs. Pour être sûre d’avoir le manteau sur le dos à 11h00, Lydie s’est levée à 5h00. Enfiler un bas lui prend une demi-heure et elle n’en met pas qu’un seul. Dans le couloir de l’hôpital, les heures d’attentes se sont égrenées puis le docteur nous a ouvert sa porte et offert son sourire. Elle lui a raconté que même si elle ne pouvait plus rien faire, elle ne voulait pas quitter sa maison, que les médicaments du bonheur lui faisaient voir des choses extraordinaires et qu’elle ne tremblait plus. Le docteur lui a dit qu’il y avait des maisons de retraite à quatre ou cinq étoiles. Lydie lui a répondu qu’elle y serait bientôt, dans les étoiles.

Alors nous sommes rentrés, j’ai bu un café avec elle sans beaucoup parler, puis je suis parti.

Tuer le temps (avant qu’il ne vous tue)

lydie-domino

Quand, quelques fois, je passe du temps avec Lydie, nous tuons le temps à coup de silence et de patience. Elle est très forte à ce jeu là. Parfois une anecdote fait surface et son flot de paroles emplit alors la pièce. Le temps remonte, un chant enfantin russe, l’insouciance des jeunes années, la beauté des choses à jamais disparues. Elle soupire. Elle attend son tour.

Dans le jardin de Lydie

lydie-pinces

Dans le jardin de Lydie, le temps suspend son vol, les choses ne bougent plus, la nature fait son œuvre. Les oiseaux s’y posent sans peur, sûrs de ne pas être dérangés. D’ailleurs, quand elle n’est pas devant son poste de télé qui la rassure, elle les regarde. Je sais qu’elle voudrait bien aller y faire un tour mais elle est pliée en deux et peine à faire deux pas maintenant, alors elle ouvre la fenêtre et elle attend.

Lydie

lydie-portrait2

Lydie, au crépuscule de sa vie, me touche. Elle est venue de loin, elle a créé une famille ici, dans ce pays qui n’est pas le sien. Elle disparaîtra bientôt, la maladie l’engloutissant petit à petit. Elle n’a jamais revu les siens, sa terre et aujourd’hui elle me raconte.

Elle me dit le mal, le bien, elle oublie, elle se rappelle aussi. Elle me dit la guerre, la fuite, les camps de travail, la libération et l’émigration. Elle me raconte les sourires et les amis qui lui reviennent  à l’esprit. Elle n’est pas facile, elle n’est pas tendre, elle n’a pas appris. Difficile de percer ses secrets, de rentrer dans son cœur. Elle m’aime, je le sais, mais elle ne le dira jamais.


Les autres jours

décembre 2009
L Ma Me J V S D
« nov    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Mes albums sur Flickr

Cheval #2

Cheval #1

betteraves

More Photos

Toutes les photos et documents de ce site sont protégés au titre des droits de leur auteur et ne peuvent être utilisés ou reproduits sans son consentement.